lundi 19 janvier 2015

Les Liaisons dangereuses lettre 1

LES LIAISONS DANGEREUSES. De Choderlos de Laclos

PREMIÈRE LETTRE.
Cécile Volanges à Sophie Carnay, aux Ursulines de. . . . .

Tu vois, ma bonne amie, que je te tiens parole, et que les bonnets et les pompons ne prennent pas tout mon temps ; il m’en restera toujours pour toi. J’ai pourtant vu plus de parures dans cette seule journée que dans les quatre ans que nous avons passés ensemble, et je crois que la superbe Tanville[1]aura plus de chagrin à ma première visite, où je compte bien la demander, qu’elle n’a cru nous en faire toutes les fois qu’elle est venue nous voir dans son in fiocchi. Maman m’a consultée sur tout, et elle me traite beaucoup moins en pensionnaire que par le passé. J’ai une femme de chambre à moi ; j’ai une chambre et un cabinet dont je dispose, et je t’écris à un secrétaire très-joli, dont on m’a remis la clef, et où je peux renfermer tout ce que je veux. Maman m’a dit que je la verrais tous les jours à son lever ; qu’il suffisait que je fusse coiffée pour dîner, parce que nous serions toujours seules, et qu’alors elle me dirait chaque jour l’heure où je devrais l’aller joindre l’après-midi. Le reste du temps est à ma disposition, et j’ai ma harpe, mon dessin, et des livres comme au couvent ; si ce n’est que la mère Perpétue n’est pas là pour me gronder, et qu’il ne tiendrait qu’à moi d’être toujours sans rien faire : mais comme je n’ai pas ma Sophie pour causer ou pour rire, j’aime autant m’occuper.
Il n’est pas encore cinq heures ; je ne dois aller retrouver maman qu’à sept ; voilà bien du temps, si j’avais quelque chose à te dire ! Mais on ne m’a encore parlé de rien ; et sans les apprêts que je vois faire, et la quantité d’ouvrières qui viennent toutes pour moi, je croirais qu’on ne songe pas à me marier, et que c’est un radotage de plus de la bonne Joséphine ([2]). Cependant maman m’a dit si souvent qu’une demoiselle devait rester au couvent jusqu’à ce qu’elle se mariât, que puisqu’elle m’en fait sortir, il faut bien que Joséphine ait raison.
Il vient d’arrêter un carrosse à la porte, & maman me fait dire de passer chez elle, tout de suite. Si c’était le monsieur ! Je ne suis pas habillée, la main me tremble & le cœur me bat. J’ai demandé à la femme de chambre si elle savait qui était chez ma mère : « Vraiment, m’a-t-elle dit, c’est M. C.***. » Et elle riait. Oh ! Je crois que c’est lui. Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. Voilà toujours son nom. Il ne faut pas se faire attendre. Adieu, jusqu’à un petit moment.
Comme tu vas te moquer de la pauvre Cécile ! Oh ! J’ai été bien honteuse ! Mais tu y aurais été attrapée comme moi. En entrant chez maman, j’ai vu un monsieur en noir, debout auprès d’elle. Je l’ai salué du mieux que j’ai pu, et je suis restée sans pouvoir bouger de ma place. Tu juges combien je l’examinais ! « Madame, a-t-il dit à ma mère, en me saluant, voilà une charmante demoiselle, et je sens mieux que jamais le prix de vos bontés. » À ce propos si positif, il m’a pris un tremblement, tel que je ne pouvais me soutenir ; j’ai trouvé un fauteuil, et je m’y suis assise, bien rouge et bien déconcertée. J’y étais à peine, que voilà cet homme à mes genoux. Ta pauvre Cécile alors a perdu la tête ; j’étais, comme a dit maman, tout effarouchée. Je me suis levée en jetant un cri perçant ; . . . tiens, comme ce jour du tonnerre. Maman est partie d’un éclat de rire, en me disant : « Eh bien ! Qu’avez-vous ? Asseyez-vous, et donnez votre pied à monsieur. » En effet, ma chère amie, le monsieur était un cordonnier. Je ne peux te rendre combien j’ai été honteuse : par bonheur il n’y avait que maman. Je crois que, quand je serai mariée, je ne me servirai plus de ce cordonnier-là.
Conviens que nous voilà bien savantes ! Adieu. Il est près de six heures, ma femme de chambre dit qu’il faut que je m’habille. Adieu, ma chère Sophie ; je t’aime comme si j’étais encore au couvent.
P.S : Je ne sais par qui envoyer ma lettre : ainsi j’attendrai que Joséphine vienne.
Paris, ce 3 août 17…


jeudi 6 novembre 2014

Non, lamour n'est pas mort Robert Desnos

Non l’amour n’est pas mort
Robert DESNOS
Non, l’amour n’est pas mort en ce cœur et ces yeux et cette bouche
qui proclamait ses funérailles commencées.
Écoutez, j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.
J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.
5- Mon amour n’a qu’un seul nom, qu’une seule forme.
Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.
Mon amour n’a qu’un nom, qu’une seule forme.
Et si quelque jour tu t’en souviens
Ô toi, forme et nom de mon amour,
10- Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,
À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues,
ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne,
ou dans une rapide automobile,
Un matin de printemps boulevard Malesherbes,
15-Un jour de pluie,
À l’aube avant de te coucher,
Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage
et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.
Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi
20-et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes
qui méprisèrent le plus pur amour.
Toi quand tu seras morte
Tu seras belle et toujours désirable.
Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante
25-présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité,
mais si je vis
Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,
L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,
Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,
30-Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t’avoir connue et aimée,
Les vaux bien ;
Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer
Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.

lundi 6 octobre 2014

Le lac texte

Le Lac, Alphonse de Lamartine, (1820)
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! Je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "


Le Lac fiche

 Fiche récapitulative.
Le Lac

         La souffrance du poète. L'expression de la solitude : « je viens seul// m'asseoir sur cette pierre »L'adjectif seul est mis en valeur par la césure à l'hémistiche.
- De plus l'opposition entre le présent : « je viens »V7 et « tu la vis »  le passé simple V 8.
-le son [R],  en assonance peut être interprété comme l'expression d'une dureté ou contribue à l'expression de la plainte. (Élégie ou registre élégiaque)
         Enonciation : le poète s'exprime à la première personne et les destinataires sont présents dans le texte, interpelés à la deuxième personne :  V 7, 10, 13 etc. : « Regarde ! Je viens seul m'asseoir », « Tu te brisais », « Nous voguions ». Registre lyrique, caractéristique du romantisme. « On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé qui crois que je ne suis pas toi ! » Victor Hugo, Les Contemplations
         Evocation d'un souvenir heureux. Le cadre évoqué est idyllique et montre l'harmonie entre le couple amoureux et le lac. Celui-ci est paisible comme l'âme du poète : 4ème quatrain. 
-musique : « silence », « cadence », « harmonieux »
-diérèse sur l'adjectif « harmoni-eux »qui souligne la douceur du moment.
-musicalité des vers : les sons en [on], [in], [en] sont nombreux.
-rythme du vers 15 : 3/3/3/3 qui marque l'équilibre et la sérénité.
         La nature comme reflet de tous les états d'âme du poète : dans les moments de souffrance comme dans les moments heureux.
         La sensibilité romantique : La violence exprimée dans les verbes « mugissait », « brisait » « jetait » et dans l'adjectif « déchirés » présente dans le 3ème quatrain est une image de la passion romantique. Le lyrisme éclot ainsi : pour le romantique la passion est liée à la souffrance.
         Personnifications : La nature et le temps sont personnifiés régulièrement.
-Pour la nature : le poète ne pouvant s'adresser à sa bien-aimée, se confie à la nature, au lac notamment. Cela insiste sur sa solitude.
-La nature est un lieu de consolation pour le poète, comme une présence vivante.
-Pour le temps : l'adresse au temps, couplée de nombreux impératifs : « suspends ton vol », « laissez-nous »...ressemble à une imploration. Elégie.
·         Le thème du temps qui passe : Métaphore filée : Le temps est assimilé à l'eau. L'homme qui vieillit est comparé à un navigateur voguant sur les océans « des âges », les différentes époques de la vie sont des « rivages » et les hommes ne peuvent « jeter l'ancre ». La force de l'eau et du temps emporte tout. La métaphore maritime court le long du poème et se retrouve précisément à la fin de l'extrait : « port » « rive » V 35, 36
·         Rupture du système d'énonciation : A partir de la sixième strophe, c'est la « voix qui m'est chère » qui se fait entendre. La jeune femme apostrophe le temps et ainsi le personnifie. Le  rythme semble lui aussi varier selon le locuteur. L'alternance d'alexandrins et d'hexasyllabes dynamise le poème et donne plus de véhémence à la prière de la jeune femme.
·         Une invitation à jouir du temps présent.
-diérèse sur le verbe « jou-issons » qui est aussi à l'impératif. De nombreuses exclamatives et phrases injonctives (impératives) qui invitent le lecteur à profiter du moment présent. Le « je » devient « nous », le conseil individuel devient universel. (le « je » romantique a une dimension plus large)

Questions envisageables :
Dans quelles mesures ce poème apparaît comme romantique ?
En quoi ce poème est-il lyrique voire élégiaque ?
En quoi la musicalité du poème facilite-t-il l’expression des sentiments ?


Séances du vendredi 19 septembre au vendredi 3 octobre

Nous avons analysé le Lac de Lamartine en entier. La fiche récapitulative se trouve dans l'article portant le nom : Le Lac
-Définition du registre lyrique.
-Repérages des figures de style les plus importantes.
Méthode : 
-La question sur  le corpus. Faire une introduction en présentant les différents textes. Confronter les textes.
-exercice p 588, textes de Corneille et Ronsard sur le même thème : la fuite du temps, la beauté éphémère. 
-Vous avez dû rédiger une introduction et répondre à une partie de la question.

Rappel : Mardi 7 octobre : Devoir sur table : question sur le corpus.

lundi 29 septembre 2014

Résumé des séances de début d'année

Depuis le début de l'année de nombreuses notions ont été abordées en particulier sur l'objet d'étude lié à la poésie.

  • Les figures de style
  • Une synthèse sur l'histoire de la poésie française
  • Une méthode de repérages des procédés littéraires dans un texte (Pour Lire Sans Faille)
Pour l'oral de l'épreuve anticipée :
  • Déjà la nuit en son parc de J. du Bellay
  • Le Lac d'A. de Lamartine
Ces deux poèmes ont permis de préciser vos connaissances sur deux mouvements majeurs de la poésie : La Pléiade et le Romantisme.

Nous avons pu également aborder un registre : le lyrisme.

Pour l'écrit de l' épreuve anticipée : 
  • Nous avons commencé à travailler sur la question du corpus en précisant la méthode à adopter pour répondre de manière satisfaisante.
  • p 590 du manuel Stances à Marquise de Corneille et Sonnets pour Hélène de Ronsard.
Pour mardi 30 septembre : Développer un aspect de la réponse en le rédigeant.

vendredi 5 septembre 2014

Séance 1 : 5 septembre 2014

C'est parti !!!

Description des objets d'étude : 4 communs aux sections ES, S, STMG

  • L'écriture poétique et quête de sens du M-A à nos jours
  • Le personnage de roman du XVIIème à nos jours
  • Le texte théâtral et sa représentation du XVIIème à nos jours
  • La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation.
 2 objets d'étude spécifiques à la section L :
  • Le réécritures
  • L'Humanisme : un mouvement culturel européen.

Les œuvres intégrales que nous allons étudier : L'Etranger de Camus et Le Mariage de Figaro de Beaumarchais. Les autres lectures vous seront proposées au fil de l'année.

Premier objet d'étude : La poésie.
lecture :
  •  Déjà la nuit en son parc, du Bellay
  • L'Art poétique, N. Boileau
  • Le Lac, Lamartine
Ces lectures ont permis de découvrir trois siècles et trois mouvements littéraires ou historiques : La Renaissance, le Classicisme et le Romantisme
  • Distribution de deux feuilles récapitulatives de tous les mouvements littéraires de la Renaissance à nos jours sous forme de tableau.
Pour mardi : apporter un classeur, feuilles, pochettes plastiques, 12 intercalaires.

Bon week-end !