vendredi 6 juin 2014
Planning de revisions
Profitez de ce long weekend pour revoir attentivement vos textes. Mâchez- les, ruminez-les, clamez-les. Puis regardez attentivement le planning mardi affiché au secrétariat. Inscrivez-vous aux oraux blancs si ce n'est déjà fait et enfin consultez lettres à GH régulièrement...
mardi 3 juin 2014
Le jeu de l'amour et du hasard. Acte III scène 8
Le Jeu de l’amour et du hasard, Marivaux
Acte III, scène 8
Dorante, Silvia
Dorante, à part. - Qu'elle est digne d'être aimée ! Pourquoi
faut-il que Mario m'ait prévenu ?
Silvia. - Où étiez-vous donc, Monsieur ? Depuis que j'ai
quitté Mario, je n'ai pu vous retrouver pour vous rendre compte de ce que j'ai
dit à Monsieur Orgon.
Dorante. - Je ne me suis pourtant pas éloigné, mais de quoi
s'agit-il ?
Silvia, à part. - Quelle froideur ! (Haut.) J'ai eu beau
décrier votre valet et prendre sa conscience à témoin de son peu de mérite,
j'ai eu beau lui représenter qu'on pouvait du moins reculer le mariage, il ne
m'a pas seulement écoutée ; je vous avertis même qu'on parle d'envoyer
chez le notaire, et qu'il est temps de vous déclarer.
Dorante. - C'est mon intention ; je vais partir incognito,
et je laisserai un billet qui instruira Monsieur Orgon de tout.
Silvia, à part. - Partir ! ce n'est pas là mon compte.
Dorante. - N'approuvez-vous pas mon idée ?
Silvia. - Mais... pas trop.
Dorante. - Je ne vois pourtant rien de mieux dans la situation où
je suis, à moins que de parler moi-même, et je ne saurais m'y résoudre ;
j'ai d'ailleurs d'autres raisons qui veulent que je me retire : je n'ai
plus que faire ici.
Silvia. - Comme je ne sais pas vos raisons, je ne puis ni les
approuver, ni les combattre ; et ce n'est pas à moi à vous les demander.
Dorante. - Il vous est aisé de les soupçonner, Lisette.
Silvia. - Mais je pense, par exemple, que vous avez du dégoût
pour la fille de Monsieur Orgon.
Dorante. - Ne voyez-vous que cela ?
Silvia. - Il y a bien encore certaines choses que je pourrais
supposer ; mais je ne suis pas folle, et je n'ai pas la vanité de m'y
arrêter.
Dorante. - Ni le courage d'en parler ; car vous n'auriez
rien d'obligeant à me dire : adieu Lisette.
Silvia. - Prenez garde, je crois que vous ne m'entendez pas, je
suis obligée de vous le dire.
Dorante. - A merveille ! et l'explication ne me serait pas
favorable, gardez-moi le secret jusqu'à mon départ.
Silvia. - Quoi, sérieusement, vous partez ?
Dorante. - Vous avez bien peur que je ne change d'avis.
Silvia. - Que vous êtes aimable d'être si bien au fait !
Dorante. - Cela est bien naïf : Adieu.
Il s'en va.
Silvia, à part. - S'il part, je ne l'aime plus, je ne l'épouserai
jamais... (Elle le regarde aller.) Il s'arrête pourtant, il rêve, il regarde si
je tourne la tête, je ne saurais le rappeler, moi... Il serait pourtant
singulier qu'il partît, après tout ce que j'ai fait ?... Ah, voilà qui est
fini, il s'en va, je n'ai pas tant de pouvoir sur lui que je le croyais :
mon frère est un maladroit, il s'y est mal pris, les gens indifférents gâtent
tout. Ne suis-je pas bien avancée ? Quel dénouement ! Dorante
reparaît pourtant ; il me semble qu'il revient, je me dédis donc, je
l'aime encore... Feignons de sortir, afin qu'il m'arrête : il faut bien
que notre réconciliation lui coûte quelque chose.
Dorante, l'arrêtant. - Restez, je vous prie, j'ai encore quelque
chose à vous dire.
Silvia. - A moi, Monsieur ?
Dorante. - J'ai de la peine à partir sans vous avoir convaincue
que je n'ai pas tort de le faire.
Silvia. - Eh, Monsieur, de quelle conséquence est-il de vous
justifier auprès de moi ? Ce n'est pas la peine, je ne suis qu'une
suivante, et vous me le faites bien sentir.
Dorante. - Moi, Lisette ! est-ce à vous à vous plaindre,
vous qui me voyez prendre mon parti sans me rien dire ?
Silvia. - Hum, si je voulais, je vous répondrais bien là-dessus.
Dorante. - Répondez donc, je ne demande pas mieux que de me
tromper. Mais que dis-je ! Mario vous aime.
Silvia. - Cela est vrai.
Dorante. - Vous êtes sensible à son amour, je l'ai vu par
l'extrême envie que vous aviez tantôt que je m'en allasse ; ainsi, vous ne
sauriez m'aimer.
Silvia. - Je suis sensible à son amour ! qui est-ce qui vous
l'a dit ? Je ne saurais vous aimer ! qu'en savez-vous ? Vous
décidez bien vite.
Dorante. - Eh bien, Lisette, par tout ce que vous avez de plus
cher au monde, instruisez-moi de ce qui en est, je vous en conjure.
Silvia. - Instruire un homme qui part !
Dorante. - Je ne partirai point.
Silvia. - Laissez-moi, tenez, si vous m'aimez, ne m'interrogez
point. Vous ne craignez que mon indifférence, et vous êtes trop heureux que je
me taise. Que vous importent mes sentiments ?
Dorante. - Ce qu'ils m'importent, Lisette ? peux-tu douter
encore que je ne t'adore ?
Silvia. - Non, et vous me le répétez si souvent que je vous
crois ; mais pourquoi m'en persuadez-vous, que voulez-vous que je fasse de
cette pensée-là, Monsieur ? Je vais vous parler à coeur ouvert. Vous
m'aimez, mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous ;
que de ressources n'avez-vous pas pour vous en défaire ! La distance qu'il
y a de vous à moi, mille objets que vous allez trouvez sur votre chemin,
l'envie qu'on aura de vous rendre sensible, les amusements d'un homme de votre
condition, tout va vous ôter cet amour dont vous m'entretenez
impitoyablement ; vous en rirez peut-être au sortir d'ici, et vous aurez
raison. Mais moi, Monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur, s'il
m'a frappée, quel secours aurai-je contre l'impression qu'il m'aura
faite ? Qui est-ce qui me dédommagera de votre perte ? Qui
voulez-vous que mon coeur mette à votre place ? Savez-vous bien que si je
vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde ne me toucherait
plus ? Jugez donc de l'état où je resterais, ayez la générosité de me
cacher votre amour : moi qui vous parle, je me ferais un scrupule de vous dire
que je vous aime, dans les dispositions où vous êtes. L'aveu de mes sentiments
pourrait exposer votre raison, et vous voyez bien aussi que je vous les cache.
Dorante. - Ah ! ma chère Lisette, que viens-je
d'entendre : tes paroles ont un feu qui me pénètre, je t'adore, je te
respecte ; il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune qui ne disparaisse
devant une âme comme la tienne. J'aurais honte que mon orgueil tînt encore
contre toi, et mon cœur et ma main t'appartiennent.
Silvia. - En vérité, ne mériteriez-vous pas que je les prisse, ne
faut-il pas être bien généreuse pour vous dissimuler le plaisir qu'ils me font,
et croyez-vous que cela puisse durer ?
Dorante. - Vous m'aimez donc ?
Silvia. - Non, non ; mais si vous me le demandez encore,
tant pis pour vous.
Dorante. - Vos menaces ne me font point de peur.
Silvia. - Et Mario, vous n'y songez donc plus ?
Dorante. - Non, Lisette ; Mario ne m'alarme plus, vous ne
l'aimez point, vous ne pouvez plus me tromper, vous avez le coeur vrai, vous
êtes sensible à ma tendresse : je ne saurais en douter au transport qui
m'a pris, j'en suis sûr, et vous ne sauriez plus m'ôter cette certitude-là.
Silvia. - Oh, je n'y tâcherai point, gardez-là, nous verrons ce
que vous en ferez.
Dorante. - Ne consentez-vous pas d'être à moi ?
Silvia. - Quoi, vous m'épouserez malgré ce que vous êtes, malgré
la colère d'un père, malgré votre fortune ?
Dorante. - Mon père me pardonnera dès qu'il vous aura vue, ma
fortune nous suffit à tous deux, et le mérite vaut bien la naissance : ne
disputons point, car je ne changerai jamais.
Silvia. - Il ne changera jamais ! Savez-vous bien que vous
me charmez, Dorante ?
Dorante. - Ne gênez donc plus votre tendresse, et laissez-la
répondre...
Silvia. - Enfin, j'en suis venue à bout ; vous... vous ne
changerez jamais ?
Dorante. - Non, ma chère Lisette.
Silvia. - Que d'amour !
Les points à retenir
- C'est la scène qui permet à Silvia de s'assurer de l'amour éperdu de Dorante. On pourrait trouver le stratagème de Silvia presque cruel. "il faut bien que notre réconciliation lui coûte quelque chose !" Silvia avoue aussi son amour à Dorante mais vous le noterez, par un détour. "si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur, s'il m'a frappée, quel secours aurai-je contre l'impression qu'il m'aura faite ? Qui est-ce qui me dédommagera de votre perte ? Qui voulez-vous que mon coeur mette à votre place ? Savez-vous bien que si je vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde ne me toucherait plus ? " Elle n'affirme rien mais utilise le conditionnel. Dorante doit lire entre les lignes. Ce qui est intéressant ici c'est la pudeur avec laquelle Silvia avoue son amour. Il lui est impossible de dire "je t'aime" directement. On peut noter aussi la difficulté avec laquelle les deux personnages s'avouent leur sentiment. Dorante tente de destabiliser Silvia en lui annonçant son départ, mais celle-ci résiste et ne dévoile pas. Le dialogue devient alors tendu. La tension est palpable : les répliques deviennent courtes.
- Cette scène ressemble à une lutte à laquelle le spectateur assiste ému. Dorante et Silvia attendent réciproquement un geste.
- La scène commence sobrement, les deux personnages se provoquent croyant faire céder l'autre. "N'approuvez-vous pas mon idée ?"dit Dorante en espérant que Silvia se radoucisse.
- Comme aucun des deux ne veut céder, le ton monte avec une violence contenue. Dorante utilise des questions rhétoriques, des impératifs. Silvia fait de même jusqu'à ce que Dorante promette de rester. C'est une manière pour Marivaux de désamorcer la tension et ainsi permettre aux deux personnages de réaliser ce qui est vraiment important pour eux. Le ton se fait alors plus doux, Dorante supplie même Silvia de lui expliquer son attitude. "je vous en conjure."
lundi 2 juin 2014
Antigone
Antigone de Jean Anouilh
Contraste entre les 2 personnages
Utilisation de la double énonciation
Un tragique poignant
Un aveu indirect
Une solitude immense.
"Il était si simple de vivre !"
Contraste entre les 2 personnages
Utilisation de la double énonciation
Un tragique poignant
Un aveu indirect
Une solitude immense.
"Il était si simple de vivre !"
Le discours de Julien
Fiche
récapitulative : Chapitre LI du livre II. Le Rouge et le noir de Stendhal.
Le discours
de Julien
Situation de
l’extrait dans le roman : Après avoir tiré sur Mme de Rênal, Julien en
prison s’est refusé à toutes démarches susceptibles de lui épargner l’échafaud.
Lors des interrogatoires, il a répété « J’ai donné la mort avec
préméditation …je mérite la mort. » Il s’est promis avant le procès de ne
pas parler, malgré les supplications de Mathilde. Cependant, après avoir
assisté en spectateur au réquisitoire, il prend la parole. Son discours,
inspiré par l’émotion qu’il lit dans le regard des femmes et particulièrement
dans celui de Mme Derville est pathétique et sublime. Excité par le regard
insolent de Valenod, Julien lance son propre réquisitoire contre ses juges.
·
le
pathétique lié au courage de Julien.
Julien s’est
exhorté en prison à vaincre la peur de la mort. Son orgueil et l’image de Napoléon
son modèle lui imposent une conduite héroïque. Au moment du verdict, son goût
du sublime triomphe. La résolution de parler semble être déclenchée par des
signes extérieurs : la cloche qui sonne minuit et le regard de Mme
Derville.
·
Les accents
de la passion : Le
coupable exprime son admiration pour la victime. L’éloge de Mme de Rênal est
hyperbolique avec des superlatifs « la plus digne » et des pluriels
amplificateurs :tous les respects, tous les hommages ». En son
absence il peut lui exprimer un ultime message de reconnaissance cf
"comme une mère", "adoration filiale".
·
Un aveu sans
complaisance :
Julien plaide coupable avec circonstances aggravantes. Il énonce avec sobriété
les faits : "attenter aux jours, crime prémédité" (l’italique
sur prémédité prouve l’insistance sur l’adjectif pendant le discours). Il juge
son crime « atroce ». il prononce son propre verdict : "la
mort m’attend : elle sera juste », "j’ai donc mérité la
mort": la conjonction de conséquence "donc" indique la
détermination. La brièveté des phrases suggère une justice implacable.
·
Réquisitoire
contre une justice de classe : 2ème
partie du discours, Julien met à
distances les faits pour analyser les motifs réels de sa condamnation. Sans se
préoccuper de son propre salut, Julien retourne le procès contre ses juges et
opère symboliquement sa propre réhabilitation. L’accusé devient la victime
expiatoire de la haine sociale et des intérêts politiques qui régissent les
contemporains.
·
Une ample
période (longue phrase composée de plusieurs subordonnées) oratoire : Julien prononce d’un trait une longue phrase
construite sur un rythme binaire (mouvement de la construction de la phrase en
deux temps) :
-
"voudront punir en moi et décourager"
- "liés
dans une classe inférieure et opprimés par la pauvreté"
-"ont
le bonheur et l’audace de"
·
Antithèses : Le discours est charpenté par une série
d’antithèses opposant l’accusé, victime exemplaire de l’injustice sociale aux
juges coupables de vengeance de classe. Deux ensembles lexicaux définissent les
termes de l’opposition. D’un côté le « je » se généralise, il devient
« ma jeunesse », « cette classe de jeunes gens », « né
dans une classe inférieure », de l’autre côté, les jurés caractérisés par leurs intentions :
"punir", "décourager à jamais" et ce qui symbolise «
l’orgueil des gens riches". Ils incarnent « la société".
Ils veulent faire de Julien un exemple pour dissuader d’autres jeunes
gens pauvres d’emprunter la même voie.
·
Quel crime
juge-t-on ? En
concluant par « voilà mon crime » Julien revient totalement sur le
repentir exprimé précédemment, "mon crime est atroce ». Les
véritables chefs d’accusation qui pèsent sur lui sont ses mérites :
« le bonheur de se procurer une bonne éducation », « l’audace
de se mêler de la société »
·
Le discours
du mépris :
Julien avait ressenti du mépris dans le regard de Valenod et des autres
notables : « les yeux de ce cuistre sont flamboyants, se dit-il, quel
triomphe pour cette âme basse ! » Il retourne donc ce mépris contre
les juges.
·
ironie : Le respect affiché formellement renforce par
contraste l’arrogance de l’expression :"Messiers les jurés",
affectation d’humilité : « je n’ai point l’honneur d’appartenir à
votre classe » soulignant la vanité hypocrite des membres du tribunal. A la fin du discours les notables sont
qualifiés péjorativement de « bourgeois indignés ».
·
Négations : Julien récuse ses juges par des phrases
négatives : "je ne vous demande aucune grâce", "je en suis
point jugé par mes pairs" ;
·
Anticipations : sans attendre la sanction, il exclut la
clémence et assure le tribunal de sa supériorité par sa
clairvoyance : "la mort m’attend", "mon crime sera puni
avec d’autant plus de sévérité".
·
Un discours à double entente :
Julien ne s’adresse pas tant aux jurés dont il ne reconnaît pas la légitimité
qu’au public qui lui a manifesté sa sympathie et compassion. C’est pour lui
qu’il déroule les rouages de la parodie de justice dont il est victime.
Conclusion : Ce discours paradoxal révèle l’énergie morale
de Julien aussi inaltérable devant la mort que face aux obstacles rencontrés
durant sa carrière d’ambitieux. Son orgueil y donne sa mesure. L’individualiste
dépasse son intérêt et sa fierté pour revendiquer l’appartenance à une classe
sociale, celle des défavorisés, il transfigure son échec personnel en symbole
d’injustice sociale. Julien s’élève au-dessus de la société par la
lucidité avec laquelle il juge son fonctionnement et fait ainsi une sortie
héroïque particulièrement mémorable, avant de découvrir le véritable bonheur en
prison auprès de Mme de Rênal, loin de toute préoccupation de réussite sociale.
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