mardi 17 mars 2015

La cour du Lion explication



      LA FONTAINE, La Cour du Lion, Fiche récapitulative

L’écriture de Fables, par Jean de La Fontaine, au XVIIème siècle, s’inscrit dans une tradition très ancienne, celle du fabuliste grec Ésope par exemple, mais il s’agissait aussi pour lui de renouveler le genre, en y ajoutant une forme de « gaieté » et un « certain charme ». Et cette originalité, très perceptible dès le premier recueil, devient éclatante avec le second recueil, paru en 1678, dans la mesure où le ton de La Fontaine se fait plus politique et philosophique. Ainsi, dans « La Cour du Lion », La Fontaine met-il en scène une société de cour, avec des courtisans soumis à bien rude épreuve par le roi Lion, ce qui bien sûr s’inscrit dans le cadre d’une réflexion sur les rapports des courtisans avec leur monarque dans le milieu aristocratique du XVIIème siècle.


Une fable
Un récit  suivi d’une morale, selon la disposition traditionnelle, qui n’est pas toujours suivie par LF
·         Le récit, le « corps »  de la fable a pour fonction de « plaire » au lecteur en l’entraînant dans un monde imaginaire, ici un monde d’animaux où il est question de Lion, d’Ours, de Singe et de Renard qui parlent, avec chacun un caractère spécifique  : le lion est puissant, l’ours peu sociable, « mal léché », dit-on d’un ours, le singe imitateur sans trop de réflexion, et le renard rusé…
·         La morale, «  l’âme », a pour fonction d’ « instruire » en  présentant un « enseignement » (v. 34) du récit : ici la morale indique que la fiction  visait bien à parler d’un groupe humain clairement  identifié, ceux qui sont « à la cour » (v.35), les courtisans, comme l’indiquait  déjà le titre. La Fontaine les interpelle directement, avec une abondance de 2ème personne,
« Ne soyez », « si vous voulez », «  tachez ». Le fabuliste leur parle, et cette adresse  au lecteur contribue aussi à le séduire, à l’interpeller, à le capter.
Composition du récit 
 Deux mouvements bien distincts :
·         La première partie (v. 1 à 14) présente l’intention du roi de célébrer sa puissance en faisant venir tous ses sujets à la cour durant un mois en cour plénière, avec  un grand festin suivi d’un spectacle  en journée d’ouverture.  Le cadre temporel situe la scène dans un passé de conte indéterminé et lointain : « un jour voulut » (v. 1.)
·         Puis, dans une seconde partie (v. 15 à 32), c’est le carnage : l’arrivée des sujets au palais signe leur condamnation à mort pour deux d’entre eux qui ont déplu au roi, l’ours et le singe, et un troisième, le renard, sauve sa peau de justesse. En fait, la représentation théâtrale (« les tours de Fagotin », v. 11) à laquelle étaient conviés les animaux est devenue la mise en scène par le roi de la  mort de deux d’entre eux, puisqu’ils ont péri  sous « la griffe du prince » (v. 22).
 La brutalité du changement d’une partie à l’autre montre évidemment toute la violence de notre monde animal.

Une écriture expressive 
La variété des vers contribue à animer le récit
·         Ainsi les v. 1 et 2, deux alexandrins, présentent la volonté royale dans un rythme ample et régulier (6 /6), l’ampleur du rythme étant encore soulignée par l’enjambement des vers 1 à 2, et les diérèses (li-onne, nati-on).
·          Puis les vers suivants (1 à 12) sont des octosyllabes, plus courts, sans rythme régulier, avec de nombreux enjambements qui donnent un tour assez prosaïque à l’écriture.
·          L’immédiateté  de la condamnation de l’ours est exprimée au vers 18-19, puisque la cause du déplaisir royal est présentée rapidement, en un hémistiche «  Sa grimace déplut… » (v. 18), et l’irritation du monarque se manifeste immédiatement, dès le second hémistiche. La parataxe qui coupe l’alexandrin souligne la rapidité et la brutalité de la réaction royale.
·         La suite de la fable alterne différents types de vers, par exemple le commentaire du fabuliste (v. 25,26) qui désigne la cruauté du roi est mis en relief par un changement de vers : l’octosyllabe pour le commentaire du fabuliste, et l’alexandrin dans les vers précédents et suivants pour le récit (v. 24,25 et 28,29).
La variété des discours contribue aussi à cette expressivité
·         Le discours direct du lion, qui s’exprime avec des impératifs (« dis », « parle »), dans un alexandrin, souligne sa domination (v. 30).
·         Les propos du singe « Il loua la colère » (v. 21,22) et  les excuses du renard : « Et l’autre aussitôt de s’excuser/….rhume » (v . 30, 31)sont d’abord  exprimés  avec un résumé de paroles, qui traduit leur empressement à se protéger d’une éventuelle colère royale.   Ensuite seulement ils sont rapportés avec du discours indirect libre, ce  qui montre par contraste la supériorité de la parole de roi, qui est le seul à pouvoir s’exprimer un discours direct. (v. 23, 24 et « il ne pouvait que dire/sans odorat » v. 31,32)
Une image de la cour de France
·         Le lion est bien à l’image du monarque français : l’expression « Sa Majesté lionne » (v.1) renvoie de façon parodique à l’appellation du roi de France « Sa Majesté très chrétienne », avec la même majuscule à Majesté et l’emploi adjectival de « lionne » (v.1) qui  fait écho  à l’adjectif féminin « chrétienne ».  Il est désigné par le terme de « monarque » (v. 17), appelé « sire » par le renard.
·         LF parle de « vassaux », ce qui renvoie à une France plus ancienne, et  la résidence des rois de France  a bien été le Louvre avant que Louis XIV ne préfère Versailles.
·         Le vocabulaire de l’autorité monarchique est extrêmement présent : « manda…par députés » (v. 3), « circulaire écriture » (v. 6), « sceau » (v.7), « cour plénière » (v.9). LF insiste beaucoup sur les codes en usage à la cour, sur la forme, sur l’étiquette.
·         Différentes personnifications rapprochent le lion de l’homme, par ex. il est « irrité », « en colère » (v.18)… Et de façon générale, l’abondance des  personnifications souligne la proximité entre le monde animal et le monde humain(« narine », « faire cette mine », « le dégoûté »…).

·         Et bien sûr les autres animaux incarnent différents types de courtisans : l’ours, le courtisan lourd et maladroit, le singe le «  flatteur excessif » à en être ridicule (comme Polignac qui avait dit à Louis XIV que la pluie de Marly ne mouillait pas, ce qui l’avait beaucoup choqué…), le renard, le courtisan habile.


 La satire
Les cibles de la satire
·         Le roi est critiqué, pour son despotisme, sa vanité, sa volonté de puissance.
-Sa volonté de toute puissance est soulignée par certains mots à la rime « maître » (v. 2), « puissance » (v. 13), ainsi que par la reprise du déterminant « tout » : « de toute nature » (v. 4),  de tous les côtés (v. 5).
- sa vanité, son orgueil est perceptible  dans sa volonté de « magnificence », et l’organisation d’ « fort grand festin » (noter l’adv. et l’adj. Intensifs) pour étaler (v. 13) sa puissance. La vie de cour doit être rythmée par des spectacles et festins qui sont autant de célébrations de la puissance royale, de mises en scène de son pouvoir.
- son despotisme est mis en relief par la disproportion entre la cause du châtiment (une mimique déplaisante, une trop grande obséquiosité) et la conséquence : une condamnation à mort.
 Le châtiment est présenté avec humour dans la périphrase « L’envoya chez Pluton faire le dégoûté » (v.  19), ou dans la parenté avec Caligula, empereur romain dont on dit qu’après la mort de sa sœur il a condamné à mort les courtisans qui ne pleuraient pas la sœur, et aussi ceux qui la pleuraient parce qu’ils ne croyaient donc pas qu’elle était devenue une déesse après sa mort. L’humour est lié au rapprochement d’un sujet commun – une histoire d’animaux- avec des références mythologiques et historiques. Mais c’est bien une brutalité tout à fait bestiale qui  caractérise le roi, comme le montre l’expression « ce Monseigneur du lion-là » (v. 26) qui rapproche de façon amusante le titre le plus haut du monde aristocratique et l’animal le plus féroce de la jungle.


·         La satire porte aussi sur les courtisans.
-          L’ours, maladroit, mal dégrossi, s’exprime par une mimique, et ne maîtrise donc ni son comportement ni apparemment le langage puisqu’il ne parle pas. Il est condamné pour son naturel extrême (v. 16, 18), son manque de domination sur lui-même qui ne correspond aux usages de la cour. Sa perception du Louvre correspond bien à une réalité exprimée dans un commentaire du fabuliste « Quel Louvre, un vrai charnier ! » (v. 15), mais le monde de la cour exige de respecter certaines règles de politesse élémentaires, on ne montre pas à son hôte que l’odeur de son logis est pestilentielle !
-          Le singe, lui, se distingue par son manque de naturel (approuva fort, v. 20)) souligné par le fabuliste dans des commentaires : « flatteur excessif » (v. 21), « sotte flatterie » (v. 24). Il pratique l’emphase, comme le montre l’énumération des v. 22, 23 : « la colère/Et la griffe du prince et l’antre, et cette odeur ». La répétition de « et » l’anaphore du v. 23 : « il n’était…il n’était » témoignent  aussi d’une emphase ridicule. Ses paroles rapportées au discours indirect libre (v. 23, 24) montrent toute son obséquiosité, soulignée de façon comique par la comparaison triviale : « Il n’était ambre, il n’était fleur/ qui ne fut ail au prix. »  (v. 24) 
-          Seul le renard « s’en tire », (l’expression même montre la cour comme un lieu de tous les dangers), par un mensonge plausible « alléguant » (v. 31) : il réussit à parler et à ne rien dire : « il ne pouvait que dire /sans odorat » (discours indirect libre du v. 31).

     
La moralité de la, fable est donc la proposition  d’un idéal de vie de prudence, le courtisan idéal étant celui qui a les apparences du naturel  -le renard peut parler de son « rhume »- tout en étant dans l’artifice et le mensonge. L’antithèse du v. 36, « ni fade adulateur, ni parleur trop sincère » met l’accent sur la nécessité d’une position de retrait, celle de l’expression finale de la morale « répondre en normand ».


Nous avons vu comment La Fontaine a traité de façon ludique et plaisante un sujet bien grave et sérieux. Le récit nous a montré, avec humour, à quel point la position de prudence, de modération,  de distance avisée conseillée dans la moralité était difficile à maîtriser dans le milieu cruel de la cour, dont le fabuliste s’est toujours tenu éloigné.

Questions envisageables:
Comment l’art de la fable est-il au service d’une critique virulente ?
Comment cette fable met-elle en œuvre la volonté de La Fontaine de plaire pour instruire ?

mardi 10 mars 2015

Les Animaux malades de la peste, texte



Les Animaux malades de la peste.  Jean de La Fontaine

1-Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
5-Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
10-Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
15-Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
20-Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
25-Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
30-Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
35-Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
40-Qu'il était digne de tous maux,
  Étantde ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
45-Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Âne vint à son tour et dit : J'ai souvenance
50-Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
55-A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
60-Manger l'herbe d'autrui ! Quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
64-Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

les Animaux malades de la peste : fiche récapitulative



 « Les Animaux malades de la peste » Fables, Jean de LA FONTAINE,  (VII, 1)


Introduction :
Jean de La Fontaine a écrit deux recueils de fables divisés en livres. Le premier, publié en 1668, est dédicacé au Dauphin et le deuxième est publié en 1678. La fable prête à l’animal les qualités et les défauts de l’homme et le monde animal crée par La Fontaine est la représentation de la société du XVIIème siècle. Cela lui permet tout en évitant la censure  de critiquer certains comportements humains, le roi et sa cour. Ici, il s’agit de « Les Animaux malade de la peste ». C’est une fable issue du deuxième recueil du livre 7.

Une fable distrayante : alternance rythmée de récit et de dialogues. Plusieurs personnages
prennent la parole. Différentes tonalités (ironie, tragédie)
La situation initiale est présentée comme un conte mythologique. La peste est présentée comme un fléau terrible (auquel les lecteurs du XVIIème ont souvent été confrontés : plusieurs régions sont touchées par des épidémies durant le XVIIème.) La peste est définie par deux appositions avant d'être nommée, ce qui crée une attente progressive, pressante en gradation.

Personnification de la Peste : v.6 « faisait aux animaux la guerre », v.5 « capable d’enrichir en un jour l’Achéron ». La Fontaine la présente comme un monstre mythologique qui pervertit tous les rapports habituels entre les animaux. v11-12« Ni loups ni Renards n’épiaient/La douce et l’innocente proie. », v13 : « les tourterelles se fuyaient »

Registre tragique :
- Allitération en r : « répand, terreur, guerre »
- Hyperbole, vocabulaire violent, rimes masculines (fureur, terreur) : dureté
- Idée du destin,  Ciel ('Mal que le ciel en sa fureur. Inventa pour punir' : Dieu envoie un châtiment aux Hommes). Achéron référence aux enfers antiques,)
- 'les tourterelles se fuyaient : symbole de l'amour'
• Évocation nostalgique (imparfait), d'un temps normal sans peste mais où le loup mange la douce et innocente proie. Le souvenir annonce le présage qu'on sacrifiera encore l'innocent.

Des animaux qui représentent implicitement les Hommes :
Cadre de la scène : procès tribunal (champ lexical de la justice), intervention : plaidoyer, réquisitoire (Prise de parole par ordre hiérarchique (du plus puissant au plus faible))

Lion : roi, pouvoir, puissant, féroce, habile, intelligent, 'Le lion tint conseil': définit règles du jeu.
Renard : Le courtisan flatteur et hypocrite.
 Loup : beau parleur ('quelque peu clerc, prouva par sa harangue'), prononce le réquisitoire et accable l'âne pour ne pas avoir à s'accuser ensuite + insulte = cruauté (discours indirect libre)
Tigre et Ours : puissance, représentent la société aristocratique
Âne : bêtise, naïveté, honnêteté  « douce et innocente proie »
 Dans le discours élogieux du renard les moutons sont les représentants du 'bas peuple', profondément méprisé, et que l'on peut impunément exploiter.
·         Les différents intervenants : Le Lion d’abord, le Renard, l’Âne et enfin le Loup.
Le discours du Lion : Le Lion représente le pouvoir et parle en conséquence. Son ton est solennel mais son discours cherche l’approbation du public « Mes chers amis »v.15
Il exhorte chacun à confesser ses fautes pour que le coupable puisse faire office de sacrifice. Il utilise intelligemment la première personne du pluriel : v23-24 : « Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence/l’état de notre conscience »
Comme il le préconise pour les autres, il se confesse : « j’ai dévoré force moutons » mais paradoxalement la conclusion de cette confession ne semble pas le désigner comme le plus coupable… Peut-être que sa position royale impressionne les autres animaux et même la cruauté dont il fait preuve terrorise ses sujets… Il aime impressionner son public en affirmant même avoir parfois dévoré le Berger. La rupture métrique  (vers de 3 syllabes) v29 « le Berger » met en valeur ce nom et du même coup l’énormité de son péché. Le discours du Lion paraît logique mais il n’est en fait qu’une manœuvre pour contraindre les autres animaux de se désigner eux-mêmes.

Le discours du Renard : ruse, flatte, relativise le péché du roi. Le Renard se garde bien de faire son examen de conscience et maintient son discours dans la flatterie la plus exagérée : v38 «Vous leur fîtes en les croquant beaucoup d’honneur ». La stratégie s’avère efficace : il  prend la parole et ne répond pas à la question. Il n’utilise d’ailleurs jamais la 1ère personne du singulier.  Les sonorités du discours sont grinçantes : allitérations de [s] et[ r], ainsi qu’une assonance en [ i] confèrent au discours une extraordinaire hypocrisie.
 Le discours de l’Âne
• Par opposition à tous les autres animaux cités, l'Âne n'est pas un prédateur. Psychologiquement naïf, il prend au sérieux le discours du Roi, ignore la règle du jeu des courtisans. Il est honnête, mais un peu ridicule dans son sérieux.
• Sa 1ère faute est de vouloir imiter les grands: "L'âne vint à son tour, et dit:" Il utilise la même structure de présentation du Lion.
• Mais absence de connecteurs : donc absence d'analyse de la situation, il se contente de raconter les faits d'un souvenir : naïveté
• Il se rend lui-même coupable (v 54, d'avoir été tenté par le Diable)
• L'allusion au Diable et le pré de moines (les plus gros propriétaires fonciers de l'époque) ainsi que l'idée de gourmandise, intensifie sa faute : c’est le Ciel qui se venge, c'est donc lui le coupable
• Ses paroles sont prononcées dans un climat apparemment serein, ouvert. L'âne, rassuré et naïf, parle franchement.
• La Fontaine ici n'a pas recherché de rupture, mais une harmonie entre le personnage et sa parole. L'âne parle comme il est, sans masque.
• Surprise : réaction commune et immédiate de la foule: "à ces mots on cria haro". Le bouc émissaire est trouvé, (même empressement et unanimité qu'au vers 43)

Critique et ironie du fabuliste :
 'Sa peccadille (=petit péché, le loup dirait « crime abominable ») fut jugé un cas pendable' : opposition entre sa faute légère et sa conséquence tranchante . Discours indirect libre : c’est le Loup qui prononce ces paroles mais elles peuvent être endossées par le fabuliste qui lui utilise alors l’ironie : v59-60  'Manger l'herbe d'autrui ! Quel crime abominable'
La Fontaine critique clairement les puissants qui se dépêchent de s’exonérer de leurs fautes, il critique aussi les courtisans qui feignant de se conformer à la morale se gardent bien de faire leur examen de conscience. Cependant, La Fontaine raille également les petits qui naïvement prennent au sérieux les discours des puissants et ne peuvent pas ainsi faire reculer l’injustice.

Conclusion :  Par cette fable cruelle, le poète dénonce l’injustice criante de la société dans laquelle il vit mais y parvient par le détour. Il ne fait preuve d’aucune naïveté puisqu’il emploie les figures animales qui ne sont que les images des puissants, des flatteurs et du peuple. Ceux qui s’en offusquent se reconnaissent alors et se tournent en ridicule. La Fontaine ainsi dénonce efficacement l’injustice.







Questions envisageables pour l'oral.

 Cette fable est-elle morale ?
 Comment s’exprime l’art de la fable ?
 En quoi cette fable est-elle un apologue ?
 En quoi cette fable est-elle satirique ?
 Etudiez le mélange des registres - et leur portée - dans cette fable.
 Expliquez pourquoi cette fable correspond parfaitement au principe "instruire en plaisant" si       cher à La Fontaine.
 Que nous montre la comparaison des discours de l’Âne et du Renard ?
 Quels sont les procédés de la dénonciation dans cette fable ?